Colbert ![]() Colbert a toujours soutenu Lully. C'est vraisemblablement lui qui lui a suggéré de racheter le privilège de l'Opéra à Perrin. Colbert disait du surintendant de la Musique: Cet homme dont le roi ne peut se passer pour ses divertissements. Les privilèges exhorbitants accordés au Surintendant de la Musique du Roi suscitaient de nombreuses convoitises. Aux courtisans qui critiquaient les gains que Lully serait susceptible de faire, grâce à son statut, Colbert répondait: "Je voudrois que Lully gagnât un million à faire des opéras, afin que l'exemple d'un homme qui auroit fait une telle fortune à composer de la musique, engageât tous les autres musiciens à faire tous leurs efforts pour parvenir au même point que lui." Louvois ![]() En 1682, Lully reprit son emploi de baladin et joua le rôle du Grand Mufti dans "Le Bourgeois Gentilhomme". A l'issue de la représentation, Baptiste dit au roi enthousiaste : - Mais Sire, j'avois le dessein d'être Secrétaire du Roi. Vos Secretaires ne me voudront plus recevoir. - Ils ne vous voudront plus recevoir, ce sera bien de l'honneur pour eux. Allez, voyez Monsieur le Chancelier. Lorsque Louvois apprit la nouvelle, il s'en offusqua. Il rappela à Lully qu'il n'avait aucun mérite, sinon que celui de faire rire le roi. Le florentin lui répondit de but-en-blanc : "Hé, tête-bleue, vous en feriez autant, si vous le pouviez!". Malgré les réclamations des Secretaires du Roi, Le Tellier dût obéir au Roi et Lully fut reçu parmi eux avec déférence. Alors qu'il croisait Lully à Versailles, Louvois le salua : "Bonjour, bon jour mon Confrère." Cela parut pour un bon mot dans la bouche du ministre. Lafontaine ![]() Après la querelle d'Alceste, on fit tout pour que Lully abandonne son librettiste Quinault qui pourtant lui convenait très bien. Même Madame de Montespan se mêla de cette affaire. Or, le rêve de Lafontaine était d'écrire un livret d'opéra. Il s'essaya alors à cet exercice en élaborant un livret intitulé "Daphné". Lully, connu pour son franc-parler, lui dit tout simplement que son livret était assez bon pour finir à la chaise percée! Désemparé, Lafontaine alla demander de l'aide à ses amis Racine, Boileau... Mais le projet corrigé correspondait encore moins à ce qu'attendait Lully. Le roi, lui-même, pris à témoin par le compositeur, convint de la médiocrité de l'oeuvre de Lafontaine. Le poète, pour se venger, écrivit la satyre "Le Florentin", dressant ainsi un portrait peu flatteur de Lully. Le Florentin Montre à la fin Ce qu'il sait faire: Il ressemble à ces loups qu'on nourrit, et fait bien: Car un loup doit toujours garder son caractère, Comme un mouton garde le sien. J'en étais averti; l'on me dit: "Prenez garde; Quiconque s'associe avec lui se hasarde; Vous ne connaissez pas le Florentin; C'est un paillard, c'est un mâtin Qui tout dévore, Happe tout, serre tout: il a triple gosier. Donnez-lui, fourrez-lui, le glout demande encore: Le Roi même aurait peine à le rassasier." Malgré tous ces avis, il me fit travailler; Le paillard s'en vint réveiller Un enfant des neuf Soeurs, enfant à barbe grise, Qui ne devait en nulle guise Etre dupe; il le fut, et le sera toujours: Je me sens né pour être en butte aux méchants tours; Vienne encore un trompeur, je ne tarderai guère. Celui-ci me dit: "Veux-tu faire, Presto, presto, quelque opéra, Mais bon? ta Muse répondra Du succès par-devant notaire. Voici comment il nous faudra Partager le gain de l'affaire: Nous en ferons deux lots, l'argent et les chansons; L'argent pour moi, pour toit les sons; Tu t'entendras chanter, je prendrai les testons; Volontiers je paye en gammbades: J'ai huit ou dix trivelinades (1) Que je sais sur mon doigt; cela joint à l'honneur De travailler pour moi, te voilà grand seigneur." Peut-être n'est ce pas tout à fait sa harangue, Mais s'il n'eut ces mots sur la langue, Il les eut dans le coeur. Il me persuada; A tort, à droit, me demanda Du doux, du tendre, et semblables sornettes, Petits mots, jargons d'amourettes Confits au miel; bref, il m'enquinauda(2). Je n'épargnai ni soins ni peines Pour venir à son but et pour le contenter: Mes amis devaient m'assister; J'eusse, en cas de besoin, disposé de leurs veines. "Des amis! disait le glouton, En a-t-on? Ce gens te tromperont, ôteront tout le bon, Mettront du mauvais en la place." Tel est l'esprit du Florentin: Soupçonneux, tremblant, incertain, Jamais assez sûr de son gain, Quoi que l'on dise ou que l'on fasse. Je lui rendis en vain sa parole cent fois; Le b...(3) avait juré de m'amuser six mois. Il s'est trompé de deux: mes amis, de leur grâce, Me les ont épargnés, l'envoyant où je croi Qu'il va bien sans eux et sans moi. Voilà l'histoire en gros: le détail a des suites Qui valent bien d'être déduites, Mais j'en aurais pour tout un an; Et je ressemblerais à l'homme de Florence, Homme long à conter, s'il en est un en France. Chacun voudrait qu'il fût dans le sein d'Abraham; Son architecte, et son libraire, Et son voisin, et son compère, Et son beau-père, Sa femme, et ses enfants, et tout le genre humain, Petits et grands, dans leurs prières, Disent le soir et le matin: "Seigneur, par vos bontés pour nous si singulières, Délivrez-nous du Florentin." (1) De Trivelin, personnage bouffon de la Comedia dell'arte (2) Jeu de mots sur Quinault. (3) Bougre. Extraits du Poème sur l'opéra, adressé à M. de Niert, musicien et valet de chambre de Louis XIV: On laisse là du But, et Lambert, et Camus; On ne veut plus qu'Alceste, ou Thésée, ou Cadmus; Que l'on n'y trouve point de machines nouvelles, Que les vers soient mauvais, que les voix soient cruelles (De Baptiste épuisé les compositions Ne sont, si vous voulez, que répétitions): Le Français, pour lui seul contraignant sa nature, N'a que pour l'opéra de passion qui dure. Les jours de l'opéra, de l'un à l'autre bout, Saint-Honoré, rempli de carrosses partout, Voit, malgré la misère à tous états commune, Que l'opéra tout seul fait leur bonne fortune. Il a l'or de l'abbé, du brave du commis; La coquette s'y fait mener par ses amis; L'officier, le marchand, tout son rôti retranche Pour y pouvoir porter tout son gain le dimanche; On ne va plus au bal, on ne va plus au Cours: Hiver, été, printemps, bref opéra toujours; Et quiconque n'en chante, ou bien plutôt n'en gronde Quelque récitatif, n'a pas l'air du beau monde. Mais que l'heureux Lulli ne s'imagine pas Que son mérite seul fasse tout ce fracas: Si Louis l'abandonne à ce rare mérite, Il verra si la ville et la cour ne le quitte. (...) Ne crois donc pas que j'aie une douleur extrême De ne pas voir Isis pendant tout ce carême. Lafontaine finira par se réconcilier avec Lully et composera les dédicaces de Lully au roi pour les opéras Amadis et Roland. Madame de Sévigné ![]() L'opéra fut le lieu de toutes les mondanités. A l'image de ses contemporains, Madame de Sévigné fréquentait la scène avec plus ou moins d'assiduité. Si ses connaissances musicales restaient relativement indexs, elle s'extasia à plusieurs reprises sur la beauté de la musique de Lully. On joue jeudi l'opéra, qui est un prodige de beauté: il y a des endroits de la musique qui ont mérité mes larmes. Je ne suis pas seule à ne les pouvoir soutenir, l'âme de Madame de La Fayette en est alarmée. (Lettre à Mme de Grignan, 8 janvier 1674) Dans ses lettres, Madame de Sévigné raconte tout à sa fille : les répétitions d'Alceste, la pompe du Chancelier Séguier, les représentations d'Atys et de Bellérophon... Les références aux personnages et aux vers des livrets agrémentent sa correspondance pour commenter les derniers potins de la Cour. Je veux parler de l'opéra... Bien des gens ont pensé à vous et moi. Je ne vous l'ai point dit, parce qu'on me faisait Cérès, et vous Proserpine, tout aussitôt voilà M. de Grignan Pluton, et j'ai eu peur qu'il ne me fit répondre vingt mille fois par son choeur de musique : "Une mère, Vaut-elle un époux?". C'est cela que je voulais éviter, car pour le vers qui est devant celui-là: "Pluton aime mieux que Cérès", je n'en eusse point été embarrassée. (Lettre à Mme de Grignan, 1er mars 1680) Perrin Perrin avait pour grand projet d'établir à Paris un théâtre pour y jouer des opéras. Mais pour ce faire, il s'associa avec deux personnes peu recommandables: Champeron et Sourdéac. L'ouverture de l'Opéra eut lieu le 3 mars 1671 avec la représentation de "Pomone" composé par Cambert, sur un livret de Perrin. Les deux escrocs s'enrichirent aux dépens de Perrin. Ce dernier se retrouva rapidement en prison, poursuivi par les créanciers de sa belle-famille. Alors, Colbert, qui avait déjà encouragé Perrin à demander le Privilège de l'Académie d'opéras, suggéra à Lully de racheter ce privilège. De ce fait, Perrin put sortir de prison et témoigna toujours en faveur de Lully, pendant les multiples procès intentés contre le musicien. Les frères Perrault Charles Perrault, libre de tout sentiment de jalousie, fut l'un des seuls littéraires de l'époque à reconnaître les mérites de Philippe Quinault. Il parle de Lully: Cet excellent Homme avoit trop de goust & trop de sens, pour ne pas voir qu'il estoit impossible de faire des vers plus beaux, plus doux & plus propres à faire paroistre sa Musique. Ce qui le charmoit encore davantage, c'est que Monsieur Quinault avoit le talent de faire des paroles sur les Airs de danse dont il embellissoit ses Operas, qui y convenoient aussi bien & souvent mieux que si elles avoient. En 1696, Claude Perrault, son frère, écrivit sur le compositeur: On ne luy doit pas seulement l'obligation d'avoir composé des pièces de musique qui ont fait pendant un très-long-temps les délices de toute la France, & qui ont passé chez tous les Estrangers: mais d'avoir donné une nouvelle face à la musique & de l'avoir rendue commune & familière à tout le monde. Il va à contre-courant de l'opinion de l'époque, qui louait les récitatifs et le chant de Lully, en s'extasiant devant la richesse de ses symphonies: Toutes les parties ont chacune leur chant à part, qui avec la liberté que sa beauté & son agrément semblent témoigner, se laisse conduire par des loix étroites & rigoureuses, qui l'obligent de se rendre aux accords où il semble se rencontrer par hazard, mais en cent façons différentes, dans lesquelles une même douceur, une même beauté se remarque perpétuellement. Jean-Henry d'Anglebert ![]() D'Anglebert et Lully se lièrent d'amitié vers 1662. Le fils du claveciniste, Jean-Baptiste-Henry d'Anglebert eut le Surintendant de la Musique Royale pour parrain. Jean-Henry d'Anglebert participa à la création des grandes oeuvres scéniques à Versailles, jusqu'à la mort de Lully. Il publia en 1689 des transcriptions pour clavecin de quelques airs de son ami. La Bruyère Le poète résuma le personnage par une phrase d'anthologie, comparable à la vérité de La Palice! Il disait à Lecerf de la Viéville : "Mon pauvre ami, Lully est Lully" |