LES MOTETS



Même si son oeuvre profane fit son succès, Lully s'adonna assez tôt à la musique religieuse.
Il déploya dans ses oeuvres religieuses tout le savoir qu'il tenait de ses maîtres organistes parisiens: harmonie et contrepoint. Cependant, ses interventions dans le domaine de la musique religieuse restèrent ponctuelles, puisque la Chapelle Royale était sous la direction des Maîtres de Musique Robert et Henry de Thier, dit Du Mont. Lully disait d'ailleurs à propos de cet homme, dont il appréciait les compositions:

"Je l'aime ce bon homme, Monsieur Du Mont : il est naturel".

En règle générale, le Surintendant de la Musique Royale n'aimait guère mélanger la musique profane à la musique religieuse. Pourtant, certains de ses airs étaient repris dans les églises. Dès 1672, la plainte de Cloris "Ah! mortelles douleurs" fut utilisée sur des paroles de F. Pascal "Ah! Seigneur, vos bontés ne se peuvent comprendre". Un jour où il assistait à la messe, Lully entendit l'air d'un de ses opéras transformé en cantique. Il s'écria alors :

"Seigneur, je vous demande pardon, je ne l'avais pas fait pour vous!"


Les Grands Motets


Le rôle de Lully semble avoir été décisif dans l'histoire du Grand Motet. Son "Miserere" (1664) ayant trouvé grâce aux yeux de Louis XIV, cette forme musicale devint à la mode. Henry Schneider considère que le Grand Motet fut alors une forme d'expression de l'absolutisme royal. La publication des motets de Lully, Robert et Du Mont, en 1684, joua un rôle important pour l'avenir.

L'âge d'or du Grand Motet français s'étendit de 1663 à 1792, avec des artistes tels que De Lalande, Charpentier, Clérambault, Campra, Desmarets, Mondonville ou Rameau. Au cours du XVIIIème siècle, le Grand Motet évolua sous les influences italienne (4 parties) et allemande (fugues).

Dans ses Grands Motets, Lully suivit la tradition ancienne introduite en France par Nicolas Formé vers 1610 environ. Le grand choeur, aux contrepoints massifs contraste avec le petit choeur aux mélodies plus travaillées et ornementées. Cette forme de motet à deux choeurs se retrouve ultérieurement chez Jean Veillot et d'autres compositeurs du milieu du XVIIème siècle: Du Mont et Robert.


Jubilate Deo (Motet de la Paix) (LWV 77/16)

Le 29 août 1660, Lully donna en l'église de la Mercy, un "Motet de la Paix" devant Anne d'Autriche, Marie-Thérèse d'Espagne et Monsieur.

Ensuite, un motet en Musique
Admirablement harmonique,
Le plus rare qui fut jamais
Sur le Mariage et sur la Paix
Avec des douceurs sans égales
Charma leurs oreilles royales
Baptiste en étoit l'inventeur
En cet art assez grand docteur,
Et, qui touchant les symphonies,
Est un de nos plus beaux génies.

Te Deum (LWV 55)

Le Te Deum fut créé le 9 septembre 1677 à Fontainebleau pour le baptême du fils de Lully, dont Louis XIV était le parrain. Le Mercure Galant rapporte: "Toutes sortes d'instruments l'accompagnèrent, les timbales et les trompettes n'y furent point oubliées... Ce qu'on admira particulièrement, c'est que chaque couplet était de différente musique. Le Roy le trouva si beau qu'il voulut l'entendre plus d'une fois."


C'est en dirigeant ce brillant et fameux Te Deum donné à l'église des Feuillans de la rue Saint-Honoré pour célébrer la guérison du roi,que Lully se frappa le pied. Il mourut quelques mois plus tard de la gangrène.

Miserere (LWV 25)

Le Miserere de Lully fut certainement créé en 1664, puisqu'une lettre de Robinet en date du 2 mai 1665 témoigne :
"Mais dessus de tout fut admiré un excellent Miserere du Sieur Lully nommé Baptiste."
Ce motet fut aussi joué le 6 mai 1672, pour le service funèbre du chancelier Séguier. Influencée par les ensembles polychoraux du début du XVIIème siècle, cette oeuvre alterne entre un petit choeur et un grand choeur. Le style est contrapontique. Le texte du psaume 50 permit à Lully d'aborder toute une palette de sentiments exacerbés chers à l'époque baroque: la plainte, la peur, la douleur, la noblesse, la victoire...
La beauté de cette oeuvre si poignante arracha des larmes à Madame de Sévigné, qui décrit le déroulement de la cérémonie à l'Oratoire: "Pour la musique, c'est une chose qui ne se peut expliquer. Baptiste avoit fait un dernier effort de toute la musique du Roi. Ce beau Miserere y étoit encore augmenté ; il y a eu un Libera où tous les yeux étoient pleins de larmes. Je ne crois point qu'il y ait d'autre musique dans le ciel."



Le Chancelier Séguier, vers 1655/57 par Charles LEBRUN


Plaude Laetare Gallia (LWV 37)

Ce motet fut composé pour le baptême du Dauphin en 1668 à St-Germain-en-Laye.

Quae fremuerunt (LWV 67)

Ce motet fut joué le Jeudi Saint le 19 avril 1685 et il fut "fort loué", selon le Journal de Dangeau.

O Lachrymae fideles (LWV 26)

Ce motet fut composé parallèlement au Miserere, c'est-à-dire pendant l'hiver 1664. Lully choisit de mettre en musique des paroles extraites des "Cantica pro Capella Regis" de Pierre Perrin.

De Profundis (LWV 62)

Le Journal le Mercure relate que "M. de Lully s'est attiré de nouveaux applaudissements par un De Profundis qu'il a fait chanter devant le roy après que tous les prétendants à la maîtrise de la chapelle de Sa Majesté eurent fait entendre leurs divers motets. Outre la beauté de la musique, toute la cour admira la justesse des expressions qui répondaient au sujet, et c'est ce qui fait la différence d'un habile maître de musique d'avec un médiocre ou un méchant". Ce motet retentit aussi, en 1683, dans la basilique Saint-Denis, pendant les funérailles de la reine, le Dies Irae lui succédant.

Dies Irae (LWV 64/1)

Ce Dies Irae fut composé en 1683 pour les funérailles de la reine Marie-Thérèse. Lully y intégre les premières notes du chant grégorien.

Exaudiat te Dominus (LWV 77/15)

Composé sur le psaume 19, ce motet célèbre la personne sacrée du Roi. Il semble qu'il ait été composé après 1683.

Benedictus (LWV 64/2)

C'est certainement vers 1685 que Lully composa ce motet sur le cantique de Zacharie (Luc I, 67-79).

Notus in judaea Deus (LWV 77/17)

Le texte de ce motet, le psaume 75, est un véritable chant de victoire célébrant la gloire de Dieu. Il est intéressant d'y remarquer une illustration des paroles "Dormierunt" rappelant le "Sommeil" d'Atys.


Sainte Cécile concertant avec six anges.
Anonyme. Italie du XVIIème siècle.





Les Petits Motets (LWV 77)


Les petits motets, plus intimistes et italianisants sont fortement inspirés du style de Giacomo Carissimi. Tous mêlent trois voix, tantôt trois soprani, tantôt deux soprani et une basse. Lully put avoir facilement accès aux oeuvres du grand maître romain à Paris-même. "Baltazar" se trouve en effet dans un recueil de motets français antérieurs à 1650, conservé à la Bibliothèque Nationale. Plusieurs ouvrages de Carissimi figuraient au répertoire de la Chapelle Royale.


Omnes gentes
Regina coeli
O sapienta
Laudate pueri Dominum
Salve Regina
Exaudi Deus
Anima Christi
Ave coeli
Dixit Dominus
O dulcissime Domine
Domine Salvum




L'Annonciation - Eustache Le Sueur, 1650