Les Plaisirs de l'Île Enchantée

Du 7 au 14 mai 1664

Frontispice représentant la Princesse d'Elide.

Le Roi voulant donner aux Reines et à toute sa cour le plaisir de quelques fêtes peu communes,
dans un lieu orné de tous les agréments qui peuvent faire admirer une maison de campagne,
choisit Versailles, à quatre lieues de Paris.


Ces festivités s'étalèrent sur une période comprise entre le 7 mai et le 14 mai 1664. Elles furent officieusement dédiées à la Vallière. 600 personnes vinrent de Paris pour cette fête mémorable. Le thème général des manifestations est le Palais dAlcine dans lequel Roger et ses chevaliers furent prisonniers par la magicienne.



Le premier jour : le 7 mai


Tout débuta à 18h00 par un défilé équestre. Un héraut d'armes habillé à l'antique ouvrit le cortège. Suivaient trois pages : d'Artagnan et les ducs de Saint-Aignan et de Noailles. Douze trompettes et quatre timbaliers richement habillés précédaient le Roi représentant Roger.
Le Roi figurant le Chevalier Roger

Sonnet

Quelle taille, quel port a ce fier conquérant!
Sa personne éblouit quiconque l'examine,
Et quoique par son poste il soit déjà si grand,
Quelque chose de plus éclate dans sa mine.

Son front de ses destins est l'auguste garant;
Par delà ses aïeux sa vertu l'achemine;
Il fait qu'on les oublie, et, de l'air qu'il s'y prend,
Bien loin derrière lui laisse son origine.

De ce coeur généreux c'est l'ordinaire emploi
D'agir plus volontierspour autrui que pour soi;
Là principalement sa force est occupée:

Il efface l'éclat des héros anciens,
N'a que l'honneur en vue, et ne ire l'épée
Que pour des intérêts qui ne sont pas les siens.

Les autres chevaliers aux noms bien connus participaient au cortège : Oger le Danois, Aquilant le Noir, Griffon le Blanc, Renaud, Dudon, Astolphe, Brandimart, Rochardet, Olivier, Ariodant, Zerbin, Roland. Puis, le char d'Apollon parut. La divinité du haut de ce véhicule de huit pieds de haut dominait les quatres Siècles : ceux de l'Or, de l'Argent, de l'Airain et du Fer. Le char était orné de personnages proches du mythe d'Apollon : Python, Daphné, Hyacinthe, Atlas. Le Temps muni de sa faux conduisaient les quatre superbes chevaux de la machine. De chaque côté, défilaient à pieds, les douze Heures du jour et les douze Signes du Zodiaque. Lorsque le cortège arriva à destination, c'est-à-dire devant les Dames de la Cour, Melle de Brie, qui représentait l'Age d'Airain, déclama des vers à la louange de la Reine et d'Apollon.

Ensuite, une course de bague se déroula sur le Tapis-Vert. Les cavaliers devaient attraper un anneau suspendu avec le bout de leur lance. Le gagnant (le marquis de la Valière) reçut des mains d'Anne d'Autriche une épée et un baudrier d'or enrichis de diamants.

Le défilé des Saisons

"La nuit étant survenue, le camp fut éclairé d'un nombre infini de lumières, et tous les chevliers s'étnt retirés, l'on vit entrer l'Orphée de nos jours, vous entendez bien que je veux dire Lully, à la tête d'une grande troupe de concertants, qui s'étant approchés au petit pas et à la cadence de leurs instruments près des reines, se séparèrent en deux bandes à droite et à gauche du haut dais, en bordant les palissades du rond, et en même temps l'on vit arriver par l'allée qui était à la main droite les quatre Saisons."
Relation de Marigny

Lully avait composé pour l'occasion :
- une ouverture
- une 1ère entrée pour les quatre Saisons, les douze Signes du Zodiaque et les douze Heures
- une Marche de hautbois pour le Dieu Pan et sa suite
- un Rondeau pour les violons et flûtes allant à la table du Roi
- une suite du Rondeau pour les violons et pour les flûtes.


Marquise Du Parc sur un cheval d'Espagne, représente le Printemps.



Le sieur Du Parc sur un éléphant, représente l'Eté.



Le sieur de la Thorillière sur un chameau, représente l'Automne.


A la suite des quatre Saisons, suivaient quarante-huit personnes portant les plats nécessaires à la collation sur leurs têtes: douze jardiniers, douze moissonneurs, douze vendangeurs et douze vieillards gelés. Au sommet d'une petite montagne roulante, les divinités Pan et Diane étaient joués par Molière et Madeleine Béjart. Vingt porteurs présentaient les viandes de la chasse de Diane et de la ménagerie de Pan. Quand les pages venus pour le service fermèrent le cortège, Pan, Diane et les Saisons récitèrent des vers pour la Reine.
Ensuite, les trente-six violons s'installèrent sur un petit théâtre en retrait. Les Heures et les Signes du Zodiaque dansèrent une entrée de ballet, pendant que les contrôleurs de la maison du Roi, représentant l'Abondance, la Joie, la Propreté et la Bonne Chère dressèrent la table que les Jeux, les Ris et les Délices recouvrirent des somptueux plats. Les trente-six violons jouèrent pendant le reste du souper.





Le deuxième jour : le 8 mai


Lorsque la nuit fut tombée, Leurs Majestés se rendirent dans les jardins voir une comédie-ballet écrite par les deux Baptiste. La Princesse d'Elide fut représentée dans un théâtre provisoire construit dans l'axe de l'Allée Royale.

"Le dessein de cette seconde fête était que Roger et les chevaliers de sa quadrille, après avoir fait des merveilles aux courses, que, par l'ordre de la belle magicienne, ils avaient faites en faveur de la Reine, continuaient en ce même dessein pour le divertissement suivant, et que L'Ile flottante n'ayant point éloigné le rivage de la France, ils donnaient à Sa Majesté le plaisir d'une comédie dont la scène était en Elide.
Le Roi fit donc couvrir de toiles, en si peu de temps qu'on avait lieu de s'en étonner, tout ce rond, d'une espèce de dôme, pour défendre contre le vent le grand nombre de flambeaux et de bougies qui devaient éclairer le théâtre, son la décoration était fort agréable.
Aussi tôt qu'on eut tiré la toile, un grand concert de plusieurs instruments se fit entendre..."


Pour tout savoir sur la Princesse d'Elide

Représentation de la Princesse d'Elide.



Le troisième jour : le 9 mai



22h00 : La Cour descendit au Rond d'eau pour assister au dénouement de la fête d'Alcine.

Le Ciel ayant résolu de donner la liberté aux chevalier, Alcine en eut des pressentiments qui la remplirent de terreur et d'inquiétudes. Elle voulut apporter tous les remèdes possibles pour prévenir ce malheur et fortifier en toutes manières un lieu qui pût renfermer tout son repos et sa joie. Trois îles apparurent dans l'obscurité du Rond d'eau. Sur deux des îles, jouaient les violons et les trompettes et timbaliers. Alcine apparut de derrière un rocher, portée par un monstre marin. Deux Nymphes Célie et Dircé la rejoignirent assises sur de grandes baleines. Alcine et les Nymphes prononcèrent des vers louant la Reine-mère. Le concert des violons se fit entendre, pendant que, le frontipice du palais venant à s'ouvrir avec un merveilleux artifice, et des tours à s'élever à vue d'oeil, les gardes du Palais entrèrent en scène.

Pour tout savoir sur le Ballet d'Alcine

L'assistance apprécia, sans conteste, la musique de Lully, comme en témoigne la citation suivante :
"Enfin l'ont eut tout à la fois le plaisir d'un mélange de toutes sortes de danses et de musiques qui s'étaient faites séparément et tout cela fut exécuté avec tant d'ordre, que tout le monde avoua qu'il fallait que Lully, qui était l'inventeur de toute cette harmonie et de cette entrée si belle et si galante, fût cent fois plus Diable que la Diablesse Alcine même."

Le feu d'artifice reproduisant la destruction du palais d'Alcine impresionna les spectateurs : "Il semblait que le ciel, la terre et l'eau fussent tous en feu. (...) La hauteur et le nombre de fusées volantes, celles qui roulaient sur le rivage, et celles qui ressortaient de l'eau après s'y être enfoncées, faisaient un spectacle si grand et si agnifique, que rien ne pouvait mieux terminer les enchantements qu'un si beau feu d'artifice. Alors toute la cour se retirant confessa qu'il ne se pouvait rien voir de plus achevé que ces trois fêtes."



Après ces trois journées principales, les réjouissances se prolongèrent encore quelques jours :

  • 10 mai 1664 : Jeu équestre. Le Roi voulut "courre les têtes". Cet exercice, en provenance d'Allemagne, consiste à effectuer un parcours à cheval au cours duquel le cavalier doit atteindre la tête d'un Turc en carton à l'aide d'une lance, la tête d'un Maure avec un dard puis une tête de Méduse à l'aide d'une javeline. Le Roi emporta, haut la main, l'épreuve. Il remit alors la récompense en jeu. Ce fut finalement le marquis de Coaslin qui reçut la rose de diamant des mains de la Reine.
  • 11 mai 1664 : après une promenade à la Ménagerie, le Roi fit donner Les Fâcheux dans le vestibule de la Cour de Marbre.
  • 12 mai 1664 : L'après-midi, une loterie fut organisée et la Reine emporta le gros lot. Une course à cheval eut aussi lieu. Le duc de Saint-Aignan gagna le défi. Dans la soirée, la pièce de Molière Tartuffe fut jouée dans la Cour de Marbre. C'est alors que Louis XIV, connu pour son "extrême délicatesse pour les choses de la religion", défendit de jouer la pièce en public "et se priva soi-même de ce plaisir, pour n'en pas laisser abuser à d'autres, moins capables d'en faire un juste discernement".
  • 13 mai 1664 : Jeux équestres la journée et le soir, représentation du Mariage Forcé dans le vestibule de la Cour de Marbre.

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